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Nouvelle loi sur l'expulsion des immigrés


 "La directive retour" choque l'Amérique latine


La nouvelle loi de l'Union européenne (UE) sur l'expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d'injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d'immigrés du Vieux Continent. Hugo Chavez menace de ne plus livrer de pétrole aux pays européens.
Avec 18 mois de rétention et un bannissement de 5 ans, l'arsenal judiciaire de la "directive retour", votée mercredi au Parlement européen, a provoqué une levée de boucliers dans plusieurs pays.
Le président du Venezuela, Hugo Chavez, chef de file de la gauche antilibérale, a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens.


"Directive de la honte"

Le président équatorien Rafael Correa, l'un des nouveaux dirigeants incarnant le virage à gauche pris dans la région, a aussitôt prôné un front commun pour protester contre la nouvelle loi européenne.

"Nous espérons donner une réponse commune avec les différents pays d'Amérique latine. Cette directive n'est pas la 'directive retour' mais la 'directive de la honte' ", a fustigé Rafael Correa, annonçant avoir pris des "contacts" au niveau régional face à cette "agression".

Son allié bolivien, Evo Morales, a proposé jeudi à l'Afrique de se joindre à ce combat pour obtenir le retrait d'une loi qui "porte atteinte à la vie et aux droits des personnes". "Nous allons mener une campagne internationale afin de retourner la situation. Que les députés européens qui ont approuvé cette 'directive retour' se mettent la main sur le coeur", a déclaré Evo Morales, premier dirigeant d'origine indigène dans le pays andin, le plus pauvre d'Amérique du sud.
Brésil, terre d'asile
Même si les immigrés latino-américains vivent pour la plupart aux Etats-Unis, plus de 15% des "remesas" (envois d'argent à leur famille) proviennent de pays européens, selon un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), publié l'an dernier.

L'UE a surtout heurté l'opinion publique en Amérique latine, où des millions d'immigrants européens sont venus tenter leur chance. "Le Brésil, pays qui a reçu des millions d'immigrants et de descendants, aujourd'hui intégrés de manière harmonieuse, déplore une décision qui contribue à créer une perception négative de l'immigration", a réagi son ministère des Affaires étrangères.

Ironie de l'histoire, le vote de la directive survient au moment où le Brésil célèbre le centenaire de l'immigration japonaise. Arrivé au début du siècle dernier pour travailler dans les plantations de café, ce premier groupe d'immigrants s'est si bien adapté qu'il est devenu, avec 1,5 million de membres, la principale communauté japonaise dans le monde.

TSR.CH
afp/sbo




Ce texte est qualifié de «directive de la honte» par plusieurs associations françaises de défense des droits de l’homme, dont la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), qui lui reprochent, en autres, de prévoir une durée de rétention administrative pouvant aller jusqu’à dix-huit mois alors que le maximum, en France, est de trente-deux jours. Une nouvelle fois, le spectre d’une «Europe forteresse», hostile aux immigrés, resurgit. Il est vrai que le vote de cette directive intervient dans un contexte marqué par le durcissement de plusieurs législations nationales : ainsi, après le Danemark et le Royaume-Uni, la France vient pour la cinquième fois en six ans de donner un nouveau tour de vis et l’Italie se prépare à faire de même.



Quant aux rares garde-fous contenus dans ce texte, ils ont été obtenus au forceps. Plusieurs Etats, dont l'Allemagne, souhaitaient par exemple rendre facultatif l'octroi d'une assistance juridique aux personnes en voie d'expulsion. Raison invoquée: les coûts trop importants engendrés par cette protection minimale...
La future présidence française de l'Union européenne entend faire de l'unification des politiques d'immigration son thème prioritaire, en proposant l'élaboration d'un «pacte». Le processus butera peut-être sur des broutilles.

Mais sur l'essentiel, les Vingt-Sept sont déjà d'accord: l'immigré n'est le bienvenu que si sa présence est utile à la bonne santé économique du continent. Celui qui cherche simplement un moyen de subsistance, une protection contre des persécutions ou qui fuit les guerres n'est qu'un indésirable. Inexorablement, la forteresse Europe se consolide.
Cette vision est d'autant plus inhumaine qu'elle ne dissuadera aucun être humain en détresse de tout tenter pour gagner le continent. En début de semaine encore, 150 Egyptiens en route pour l'Italie sont morts noyés au large de la Libye. En dix ans, quelque 10000 immigrants ont péri dans le seul canal de Sicile. La mort en chemin ou la prison à l'arrivée: telles sont les perspectives d'avenir des «clandestins».

19/06/2008
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